09 novembre 2006

Elles ont quand même eu lieu

Bien chers internautes,
Bon nombre d'entre vous m'ont exprimé leurs inquiétudes à propos de mon silence, certains craignant pour ma sécurité personnelle et d'autres voulant s'enquérir sur l'une ou l'autre suite que j'ai réservée à mes réflexions. Je dois vous remercier sincèrement pour cette marque d'amitié. J'ai eu, une fois de plus, la preuve que le combat que nous menons ensemble, vous et nous, n'est pas perdu. En dépit de cette absence sur le Net, j'ai continué à prendre une part active à la vie sociale et politique de mon pays d'autant que je vis sur place. Merci à tous ceux qui m'ont joint au téléphone ou par mail.
Cette parenthèse fermée, l'actualité au pays demeure la publication des résultats des présidentielles. Quelle qu'en soit la tendance, une chose est vraie : les élections présidentielles du second tour ont bel et bien eu lieu en République Démocratique du Congo. Habitués à tous les coups bas et ratés de la Communauté Internationale, les Congolais ont bravé la pluie à Kinshasa pour se rendre aux urnes. Mon épouse était parmi les premiers à voter dans notre quartier avant de se rendre à la messe matinale en ce dimanche des missions.
Arrivé à Yolo - Nord où je devais travailler dans un bureau de vote comme assesseur 1, j'ai trouvé l'école prise d'assaut par des votants, abrités sous les parasols ou sous la véranda devant les bureaux de vote. Une seule détermination : donner la chance à leur candidat de l'emporter. Car tout le monde avait fini par comprendre que même une seule voix permettrait à l'un des deux challengers de l'emporter sur son rival. Rappelez-vous la blague de ce candidat député qui s'en est pris à son épouse, présidente d'un bureau de vote d'où il est sorti sans une seule voix. Il en est de même des employeurs qui ont cherché à savoir si dans les bureaux de vote de leurs employés ils ont récolté quelque voix. Le Congolais à l'âge de voter et qui était en règle avait réalisé combien une voix était importante. Eh oui ! Tout compte !
Les opérations se sont déroulées normalement, comme l'ont relevé plusieurs observateurs, mais dans une morosité sans pareil. Malgré que le scrutin était couplé : présidentiel et provincial, les électeurs venaient d'abord, si pas essentiellement, pour les présidentielles. Plusieurs bulletins blancs des provinciales dans notre bureau pourraient illustrer cette assertion. Les candidats députés, instruits par l'expérience du scrutin de juillet 2006, avaient compris qu'il fallait jouer de proximité pour arracher une voix à quelqu'un. Ils ont imprimé des badges sous forme de macarons qu'ils distribuaient aux électeurs pour leur permettre de ne pas se tromper sur le choix. Mais cela n'a pas dissipé le doute et la crainte de voir ces élus tourner casaque une fois en poste. Et les électeurs ont préféré ne rien cocher sur les trois pages de bulletins provinciaux.
Par contre, les présidentiels ont connu très peu de bulletins blancs. Certains électeurs mal informés ont poussé l'audace jusqu'à inscrire des éloges de leur candidat sur la feuille, le privant ainsi d'une voix précieuse : excès de zèle. D'autres, ont annulé eux-mêmes leur choix en crevant les yeux du candidat refusé ou en recourant à des manèges pareils.
Je n'ose pas me lancer dans la publication des résultats de peur de violer la loi électorale de la HAM - sic - mais, j'ai remarqué qu'un des candidats a récolté exactement le même nombre de voix qu'au premier tour, et ce en dépit du nombre inférieur des électeurs qui se sont présentés. Il ne pouvait s'agir que des fanatiques qui, conscients de la faiblesse de leur candidat, se sont mobilisés, comme au premier tour, de venir le soutenir de leurs voix. Car autrement, les proportions auraient varié. Aucune alliance n'a joué en faveur de ce candidat dans notre bureau de vote. Le fait était très marquant et je l'évoque pour corroborer la thèse de ceux qui ont fustigé les intérêts égoïstes des contractants.
Des blagues ont été lancées plusieurs fois par les passants, au regard des banderoles : "X + Y = Non au chômage" et les gens d'enchaîner : il fallait bien qu'il se trouve de l'emploi à son âge ! Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Combien de temps travaillera-t-il avant la retraite ? Pourquoi avoir joué au malin jusqu'à la dernière minute ? La banderole était lisible sur l'avenue de l'Université, peu avant l'Hôtel Lafayette.
Au rond point Ezo, une grande effigie indiquait que le candidat était un grand rassembleur, et pour preuve : une foule nombreuse en filigrane derrière son poster. Et la foule de rétorquer : a-t-il jamais réussi à rassembler sa propre famille biologique pour la présenter au peuple ? Ce serait un bel exemple de son charisme de rassembleur.
Ce genre de commentaire finissait par une conclusion très évidente : les gens se sont ralliés à la cause de l'un ou de l'autre candidat en tant qu'individus et non comme représentants des regroupements. Par conséquent, le vote dépendra - se disait chaque électeur - de chacun, en âme et conscience, et non des tralalas de troubadours qui se déroulent à la télévision. Ils ont perçu leur argent pour cela. Notre compte à nous est vide ! Comme cela, nous n'aurons aucun compte à rendre à qui que ce soit !
Nous en sommes donc à nous demander ce que représente le parti politique ou l'association à vocation politique dans notre pays. Aucun leader n'est parvenu à façonner la conscience des membres au point de les traîner avec lui où il se dirige. Est-ce là la preuve d'une maturité ou d'une ignorance de la part du peuple ? Quand on sait que plusieurs se proclament leaders charismatiques, on ne peut s'expliquer le divorce brusque qui surgit lorsqu'il s'agit d'opérer des choix d'envergure.
Les jours qui viennent nous en diront davantage.

Posté par Almabit à 13:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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