27 juin 2006

Le Comité des parents en RDC

Ce texte est une réponse à Mlle X, une étudiante de Belgique et jeune chercheuse en sociologie. Elle s'intéresse à l'éducation en RDC et plus particulièrement à l'organisation des comités de parents. Je serai plus complet si j'ajoutais le mode de constitution des comités des parents et leur mode de fonctionnement. C'est une lacune que je comblerai dans un proche avenir.

Bonjour Mlle,
Merci pour l'intérêt attaché à mes écrits dans vos recherches. Je me dispose à vous répondre de manière aussi complète que possible à toutes vos préoccupations. Je tâcherai d'être moins énigmatique et de m'accrocher à l'objectivité pour vous permettre d'exploiter les faits de manière scientifique.

Je voudrais d'abord souligner que toute école sérieuse organise un comité de parents, une sorte de conseil consultatif composé des parents dont les enfants étudient dans ladite école. Cette structure est officiellement reconnue par l'Etat. Les frais scolaires à payer sont fixés de commun accord entre parents et direction de l'école. Un procès-verbal faisant foi. Une fois ce document établi, tous les parents doivent s'y plier et l'Etat ne peut infliger des sanctions à l'école du fait d'avoir trangresser les dispositions qu'il édicte.

C'est un pouvoir réel qui discute le règlement de l'école et veille à la bonne marche de l'école. S'il arrive qu'un comité de parents n'est pas content de la manière dont l'école est dirigée, il peut s'en remettre à la hiérarchie et la direction peut être changée ou sanctionnée par l'Etat.
Il s'agit là d'une marge de manoeuvre qui conduit l'Etat à considérer le CP comme un partenaire de taille dans la bonne marche des affaires de l'Etat en matière de l'éducation.

L'article auquel vous faites allusion remonte à la rentrée de l'année scolaire 2005 - 2006 lors du mouvement de grève déclenchée par les enseignants du secteur public. L'opération de charme dont question n'était autre que le fait d'inviter les parents à ne pas soutenir la suspension des cours car l'Etat acceptait de payer à l'enseignant les salaires décents, de manière que les parents n'aient plus à suppléer avec leur contribution.

En plus, le gouvernement se disait surpris de constater que les enseignants menaçaient de continuer la grève en dépit de ces promesses d'augmentation de leurs salaires. Aussi avait-il jugé utile d'enjoindre les parents à laisser aller les enfants à l'école sans crainte car les instructions avaient été données aux agents de l'ordre de protéger les écoles qui accepteraient de fonctionner normalement.

Ces propos, issus d'un compte-rendu du gouvernement visaient à calmer la tension qui commençait à monter auprès des parents même des écoles privées car les enseignants du secteur public n'acceptaient plus que ces écoles continuent à fonctionner pendant que la majorité des écoles avaient tout stopé. Ils seraient prêts à s'attaquer à leurs collègues et leurs poulains. C'est cette mesure de l'Etat que j'appelle sécurisation.

Le silence des parents

Le silence des parents durant cette gué-guerre nous a tous inquiétés.
En effet, connaissant le pouvoir dévolu aux parents, nous ne comprenions pas que le comité de l'association nationale des parents d'élèves du Congo (ANAPECO)n'ait pris aucune position. Ils se seraient prononcés pour départager les deux autres partenaires de l'éducation. Les parents catholiques avaient tenté de prendre position en demandant à l'Etat de retirer ses restrictions concernant les frais de motivation pourvu que les cours reprennent.

Ce n'était, en fait, qu'une autorisation de façade car sur terrain, les écoles catholiques de Kinshasa avaient déjà fait circuler des billets de paiement de frais en vue de la reprise. Ils avaient simplement supprimé le mot motivation pour le remplacer par un terme plus général : frais scolaires !!!

Cette dislocation des parents constituait une fissure car l'Eglise catholique organise une portion importante d'écoles dans le pays. Avec la prise de position de leur comité, tous les autres parents ont compris qu'ils auraient pu se solidariser bien plutôt et contraindre l'Etat à faire quelque chose dans le sens du bien-être des enseignants. Cela n'ayant pas été fait, mieux valait se rallier aux catholiques et permettre l'ouverture de l'année scolaire. Ainsi dit, ainsi fait. Nous revoici à la case de départ.

Même si l'Etat n'avoue pas avoir bénéficié de l'appui des parents, il serait plus juste de sa part de constater qu'à la date d'aujourd'hui, les écoles sont plus dépendantes des parents et de la direction que des injonctions officielles. Ne dit-on pas que qui l'argent a, pouvoir a ? L'Etat était impuissant de convaincre les enseignants, les parents l'ont fait à sa place en acceptant de reprendre leurs vieilles habitudes. C'est ce qui a permis l'ouverture et le déroulement de l'année scolaire jusqu'au bout.

La situation n'est pas du tout favorable à l'Etat. En effet, un calendrier scolaire a été élaboré fixant la clôture de l'année scolaire au 20 juillet 2006. C'était pour récupérer le temps de grève. Sur terrain, chaque école s'est organisée pour dispenser les cours et terminer le programme avant la fin du mois de juin. Parents et enseignants étant conscients des dangers d'une fin brusque après le 30 juin, ont préféré autoriser les écoles à tout mettre en marche pour que les sessions d'examen se déroulent avant cette date.

Si la cérémonie de clôture de l'année scolaire est maintenue au 20 juillet dans la plupart des écoles, c'est par crainte de représailles. A Kinshasa, biens Des écoles ont déjà terminé les examens de fin d'année et ne lésinent que sur les repêchages. Hormis cela, tous les parents ont payé les frais convenus avec les écoles sans tenir aucun compte des gesticulations du gouvernement.

Le prétexte évoqué, qui n'est autre qu'un constat est le suivant : le cahier des charges des enseignants grévistes n'avait jamais été respecté. Les syndicats nationaux avaient envisagé une grève de deux jours (les 21 et 22 juin) pour rappeler à l'Etat ses promesses non tenues. Du coup le salaire du mois de mai qui tardait à venir a été payé avant l'échéance du 20 juin puis une annonce de mécanisation de nouvelles unités (suspendue depuis le mois de novembre pour raison de budget). Aussitôt ces dates passées, rien n'a été respecté. Les choses ont repris leur cours normal.

Je pense élaborer un texte plus complet dans ce sens pour conclure ce chapitre de l'attitude irresponsable de nos autorités. Elles trouvent de l'argent pour soudoyer les "marcheurs" qui manifestent en leur faveur, sur leur incitation, mais refusent de respecter leur parole vis-à-vis de la population qu'elles gouvernent.
Encore une fois, merci pour la confiance et franc succès.

Alphonse-Marie B.
+243 81 810 95 44
www.beita.populus.ch

Posté par Almabit à 14:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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