Famille Bitulu

20 février 2010

Le cul de sac

Lorsque nous sommes allés habiter Matadi-Mayo, une avenue transversale reliait l’artère principale, l’Avenue de la Troisième République, à l’Avenue Dispensaire, au niveau dispensaire de l’Etat, une extension de l’Hôpital Général de Kinshasa (ex-Mama Yemo) et de l’Eglise catholique (Marie Immaculée Conception). C'était notre entrée principale.

Une année après, les responsables du dispensaire ont érigé une barrière à l’aide des bambous de Chine sur cette avenue et à son débouché sur l’avenue Dispensaire, ils ont creusé un caniveau tout le long de l’étendue non bâtie de leur concession. Les piétons pouvaient traverser en sautant, mais plus de circulation pour les véhicules. Le week-end passé, un audacieux conducteur à bord d’une jeep toyota ancien modèle s’est risqué dedans et a traversé le caniveau, prouvant la robustesse de son engin. Cette image m’a donné la réponse à la multitude de questions que se posent bon nombre de Congolais sur la procédure à suivre pour sortir le pays du cycle de destruction et d’obstruction dans lequel il est plongé.

Je pense qu’à la date d’aujourd’hui, les projets de construction du pays ne leurrent plus personne. Hormis le jeu du « ôte-toi de là que je m’y mette », rien n’évoque une quelconque évolution positive de la société globale. Pendant que la vie se dégrade de plus en plus, ceux qui disposaient de lopins de terre en ville les revendent par portions réduite (jusqu’au quart des parcelles de mesurant à peine 20 m de longueur sur 10 de largeur !) pour s’installer confortablement sur la dernière tranche, réduite comme peau de chagrin.

Le nouvel acquéreur, selon ses ressources s’arrange pour extorquer les autres quarts aux voisins afin d’agrandir son propre domaine et y implanter une villa à la toiture multiforme, selon la fantaisie de l’architecte qui peut se frotter les mains d’avoir réalisé une belle œuvre d’art. Lorsque les voisins ne cèdent pas leurs terres, c’est en hauteur qu’on grimpe : trois à cinq niveaux au-dessus du rez-de-chaussée pour bien se moquer de ces minables. On peut bien les observer se baigner ou vivre à la belle étoile depuis sa propre chambre. Et si la pudeur n’est pas mise à contribution, on va jusqu’à des excès voyeuristes dans certains coins, privant les voisins de toute intimité ! Point d’urbanisme réfléchi ni de respect humain. Penser l’avenir et la vie pour tous relève bien sûr de l’autorité de l’Etat ; mais chacun doit y travailler pour qu’ensemble on ne perde pas la dignité humaine reçue du Créateur.

Ce comportement quelque peu rébarbatif des agents du dispensaire d’Etat a déjà engendré dans bien des quartiers des bouchons de circulation où l’on se demande comment atteindre les domiciles enclavés sinon par des négociations des passages à travers les parcelles d’autrui ou des arrangements particuliers pour des exutoires privés autorisés à certaines heures seulement. C’est le cas des quartiers comme « Ma Campagne, Ndjili et autres…

Il faut des forcings parfois impossibles à oser comme celui de cette vieille jeep. Peut-être que le conducteur se disait qu’il n’a rien à perdre si jamais il se coinçait dedans ou brisait des lames de ressort qui lui servent d’amortisseurs.

La littérature négro-africaine post indépendance reproduit ce bouchon des dirigeants butés à d’innombrables difficultés qui finissent par adopter le comportement des colons en se substituant à eux et en prenant leurs propres compatriotes en otage. On connaît la suite : les révolutions de palais où les fils succèdent aux pères pour les mêmes résultats si pas pires.

Sembène Ousmane, ce célèbre écrivain sénégalais autodidacte a proposé un scénario proche d’une fin heureuse de la série « Astérix » avec un banquet où nul n’est perdant, même si l’intrigue demeure, dans son roman « Le dernier de l’Empire ». Le cul de sac conduit les Africains à tuer leurs héros – au propre comme au figuré – dont ils ne voient pas l’avenir dans une série continue du genre l’immortel « Tintin », « Bob Morane », « Buck Danny », ou l’intrépide Inspecteur de police « Kesler ». C'est ce qui explique le retour en force des caporaux aux commandes dans plusieurs pays du continent. L'intellectuel ayant échoué dans sa mission de conseiller, se contente d'un cabinet de coulisses où il jouit des privilèges du pouvoir sans s'attirer les foudres des masses, avec sur son dos, l'arme du caporal. Il en oublie les questions essentielles et existentielles.

L’embarras devant les questions vitales ne doit pas engendrer de l’angoisse camusienne ou sartrienne mais conduire à une attitude plus courageuse d’un Nietzsche dont Zarathoustra constitue un prototype sauveur : inventer des solutions à tout prix ! C’est notre plus beau rôle d’intellectuel infatigable. L'éléphant ne se fatigue point de traîner ses défenses quelles que lourdes qu'elles soient.

Alphonse-Marie B.

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Mille jours plus tard

Mille jours après les élections générales organisées en R.D. Congo, je n'ai pas le courage de reposer à mes frères congolais, et tous les prétendus "électeurs" leur sentiment vis-à-vis du scrutin de 2006.
Ma préoccupation actuelle est de les inviter à plus de vigilance car le régime démocratique a ceci de particulier qu'elle ne se résume pas à élire un leader au suffrage universel et lui confier les rennes du pouvoir pour s'enrichir au détriment des masses laborieuses, si pas sur le dos de cet électorat.
La démocratie s'étend à une connaissance et à une responsabilité de notre vie, chaque jour, à chaque instant. On ne peut pas déléguer la qualité de nos vies aux autres sans vigilance et laisser faire n'importe quoi à notre nez. Le pouvoir de contrôle nous revient et nous avons le droit de nous instruire mutuellement sur les aléas du pouvoir en place afin de ne pas sombrer dans le défaitisme.
Moins d'une année nous sépare des prochaines échéances électorales. Il ne faudrait pas que cela nous surprenne comme le jour de la venue du Fils de l'Homme. Il nous faut nous y préparer et de la meilleure façon qui soit.
Le premier scrutin a été placé sous le signe de la surprise et de l'apprentissage de la démocratie. Plusieurs s'y sont livrés uniquement par curiosité, sans rien comprendre des enjeux. Les politiciens, par contre avaient tiré des leçons de la longue transition et ils avaient opté pour les quitte-ou-double. Bon nombre avaient basculé toutes les convictions morales et religieuses au profit des alliances "rentables" et ils ne le regrettent pas - du moins ceux qui avaient "choisi la bonne part".
Aussitôt les serments prêtés, ils n'ont pas hésité un seul instant pour braver les bonnes mœurs : se fixer des émoluments et honoraires à la hauteur de leurs ambitions et jouir des privilèges accordés par le poste près du distributeur de jetons.
Les belles jeeps ont garni les nids de poules et autres pistes de caravanes qui nous servent de routes, provoquant de plus en plus de bouchons même aux heures "creuses". Kinshasa ne connaît plus un seul tronçon qu'on peut emprunter sans risque de croiser une file indienne attendant la libération par le sifflet de l'agent en faction ou du garde-corps d'un haut-gradé ...
Pendant ce temps, le salaire de la Fonction Publique, fixé à un taux qui n'a plus bougé depuis les élections ne représente plus qu'un tiers de sa valeur marchande et fiscale de départ. Rien n'y change quelque chose tant que les "représentants du peuple" peuvent se la couler douce.
Les temps sont mauvais car la crise internationale vient donner la conscience tranquille à ceux qui ne la vivent pas autrement que par la lecture sur Internet et les journaux de haute société. Du coup ils ont des arguments pour emplir l'hémicycle de leur verve oratoire, se faire applaudir frénétiquement pour arracher un brin de popularité et monter les enchères dans les négociations avec le clan.
Moralité : "Exiger la qualité, décoder les abus du pouvoir et les manipulations de nos vies quotidiennes".
Alphonse-Marie B.

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28 novembre 2006

Une triste fête

Ce lundi 27 novembre 2006 restera marqué dans la mémoire des Kinois comme un jour de triste fête et de deuil. Un fol espoir était né dans les coeurs des gens depuis vendredi 24 novembre. Kinshasa a jubilé sur fond d'un malentendu. En effet dans le procès historique qui oppose l'Union pour la Nation à la CEI, la CSJ venait d'annoncer la plainte recevable. C'était une victoire inattendue peut-être, au regard de tout le tralala que nous sommes entrain de subir. Au premier tour du scrutin présidentiel, beaucoup de plaintes fondées ont purement et simplement été rejetées pour des raisons de forme; et puisque le temps n'a pas permis aux plaignants de reformuler quoi que ce soit, un second tour a été décidé. Il opposait un général-major de son état à un militaire rebelle. En dehors de toute logique.
La CEI a brillé par son apport au premier dont aucune justification n'était présentée contre les divers chefs d'accusation. Les jeux étaient faits et rien ne servait de s'attarder à ces détails futiles. Le candidat lui-même l'avait dit : le chien aboie … Ces chiens que nous sommes et n'avons jamais cessé d'être à ses yeux. Il se fout de tout ce que vous voulez ourdir. L'essentiel est ce que lui pense et fait. N'allez pas l'importuner avec vos arguties. Il n'en a cure.
Et hier lundi, la boucle était bouclée : le verdict est tombé. Un verdict connu dès le départ mais qui a endeuillé Kinshasa. Au propre comme au figuré, les gens ont versé des larmes et crié à l'injustice. Chacun de ceux qui ont encore un peu de dignité de soi s'est senti blessé dans son amour propre. Etre dirigé par une telle race de justiciers, qui ne se gênent même pas de rompre avec les traditions judiciaires qui demandent que des enquêtes approfondies soient menées avant de se prononcer. Pourquoi les USA ont-ils pris tout leur temps avant de trancher dans l'élection de Bush alors qu'ils disposent d'un équipement tant matériel qu'humain des plus performants ? Peut-être que l'intuition de la race nègre l'emporte sur la raison de la race blanche - comme le clamait si haut un de nos grands hérauts, Sédar Senghor, d'heureuse mémoire, pour ne pas le citer.
Tous comptes faits, même si l'on prétend que chaque peuple a les dirigeants qu'il mérite, je ne me sens nullement dirigé par cette clique d'assassins. Je sais que la Communauté Internationale a ses fonds à récupérer et pour mieux le faire, il fallait maintenir un quignol en poste. Et comme elle dispose de moyens de dissuasion, elle nous a largués des tueurs par milliers, qui sillonnent nos quartiers, dans leurs chars blindés, afin de mieux nous subjuguer.
Les divisions du peuple ont déjà été perceptibles hier soir. Dans mon quartier une dame (boyomaise) mariée à un capitaine du service de renseignement militaire (katangais) et mère de deux soldats a éclaté en joie : "bokanisaki baswahili bakokima, bis'oyo tolongi bino" (Ndlr : "vous pensiez que les Swahili fuiront ce quartier, voilà que nous l'avons emporté"). Elle s'adressait à ses voisines mongo et bakongo avec qui elle avait eu maille. Elle a ouvert la fête et appelé ses enfants au téléphone pour qu'ils viennent fêter. Malgré l'absence du courant électrique dans le quartier, ils avaient pris la précaution d'alimenter leur groupe électrogène pour faire du tapage et danser jusqu'à l'aube. Malgré l'indifférence généralisée du quartier, la comère a continué à crier et déranger, invitant tout passant à venir boire à la victoire du "serviteur de dieu" - je refuse d'écrire Dieu en majuscule puisque celui que je prie n'élève pas les assassins et criminels à la dignité royale mais plutôt les humbles comme la Vierge Marie. Et ce matin, la brave arbore le tricot à l'effigie de son président.
En passant par Ngaba, le fief du Palu, des groupuscules de délinquants et fainéants s'étaient assemblés à leurs sièges habituels pour haranguer la foule et clamer leur victoire. Et les passants de se tenir sur la joue en disant, Dieu seul sait combien de temps encore il nous faudra pour expier ces péchés !
Maintenant que tout est fini, tout va recommencer pour un nouveau cycle de règlement de comptes. Plusieurs d'entre nous périront dans des exécutions sommaires maquillés en hold-up; d'autres seront jetés dans le fleuve comme ce pauvre taximan qui a eu la vie sauve grâce aux relations de son patron avec les hauts lieux militaires.
C'est le règne de l'insécurité qui va renaître pour réduire au silence tous ceux qui en savent long ou qui réfléchissent à longueur de journées sur les possibilités de s'en sortir autrement.
L'éternelle question, l'éternelle angoisse reviennent sur mes lèvres : que faire ? Avec quels moyens et quels partenaires ?
Tous, fouillons, bêchons, creusons, ne laissons aucune piste de la réflexion inexploitée, jusqu'à ce qu'un nouveau projet de société vienne à mettre fin à cette imposture et restaure la méritocratie et le bonheur pour tous.
Alphonse-Marie

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20 novembre 2006

Financement

BITULU Alphonse-Marie Kinshasa
081 810 95 44 / 081 296 44 63
almabit@gmail.com
almabit@caramail.com

Demande de financement pour la maison d’accueil.

Monsieur / Madame,

La famille Bitulu, habitant Matadi-Mayo (Commune de Mont-Ngafula à Kinshasa / R.D. Congo) a une parcelle destinée à l’œuvre philanthropique dénommée : Amour Infini. Elle y entreprend des activités agropastorales : un élevage de porcs (dont le cheptel actuel a 24 têtes), des poules (une soixantaine), et un jardin parcellaire comprenant divers légumes.
En plus, nous possédons une petite concession de deux hectares le long de la rivière Nsayi dans la vallée séparant les cités Mpumbu et Matadi-Mayo, toujours à Mont-Ngafula, où nous entreprenons la pisciculture (deux étangs y sont déjà creusés) et des cultures maraîchères aux mêmes fins.
Toutes ces activités sont destinées à l’approvisionnement d’une maison d’accueil que nous envisageons d’ouvrir afin de recevoir les enfants privés d’affection parentale, dans un climat différent de celui d’un orphelinat de type classique. Notre souci est de recevoir régulièrement des groupes d’enfants pour partager avec eux la vie familiale, en guise d’apostolat.
Cette expérience, nous l’avons commencée depuis quelques années déjà, en habitant une maison de location à Kauka (Commune de Kalamu). Elle se poursuit aujourd’hui en collaboration indirecte avec le Bureau International Catholique pour l’enfance (B.I.C.E.) qui nous compte parmi les familles d'accueil des enfants récupérés de la Prison.

Nous nous rendons bien compte combien cela réconforte les quelques enfants qui sont passés par notre toit : ils ne veulent plus se détacher de nous et nous adoptent facilement comme parents !
Aussi, nous faisons-nous l’insigne honneur de venir auprès de votre organisme, solliciter une assistance financière de l’ordre de 12.000 $ afin d’ériger une petite maison pouvant contenir trois pièces : une cuisine, un salon et une chambre à coucher pour accueillir ces enfants.
Comme contribution locale, nous offrons donc le terrain, nous surveillons le chantier et participons aux travaux de construction avec toutes sortes d’apports en nature. En plus, l’alimentation des enfants hébergés est totalement à notre charge familiale grâce au produit du jardin et de l’élevage.
Vous trouverez en annexe de la présente, une fiche Technique du projet et le coût estimatif du matériel sur le marché local.
En espérant que notre dossier retiendra votre attention et dans l’attente d’une décision favorable, nous vous prions d’agréer cher Monsieur / Madame, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Alphonse-Marie BITULU
Coordonnateur

Fiche Technique du Projet

1. Titre du Projet
Maison d’accueil " Amour infini ". Notre devise est : " In finem eos dilexit ".
2. Lieu (Rayon d’Action)
Ville de Kinshasa / Matadi-Mayo à Mont-Ngafula
3. Personne Juridique Responsable du Projet et Adresse
Alphonse-Marie Bitulu
2, Av. Bitulu ; Q. Matadi-Mayo
almabit@gmail.com
4. Durée
Les travaux de construction peuvent prendre deux mois à trois mois. Dans l’entre-temps, nous recevons les enfants dans notre actuelle habitation sur place.
5. Problème
Les enfants abandonnés sont nombreux dans la ville ; les organismes qui s’en chargent également. Mais nous nous rendons compte de la précarité des conditions affectives dans lesquelles ces enfants sont élevés. Il ne s’agit pas de les gâter ou de leur offrir un milieu artificiel meublé de jeux de toutes sortes.
6. But
Loin d’ouvrir un internement de grande envergure, nous aimerions accueillir, pour quelque temps, des groupes d’enfants (5 à 10 à la fois) provenant de ces maisons, pour leur offrir un cadre plutôt familial. Ces enfants découvrent la famille et partagent avec les nôtres propres, les vertus d’une vie familiale.
7. Objectifs
  - Initier les enfants à l’amour familial.
  - Eveiller le goût pour la prière et le travail manuel.
  - Aider les enfants à découvrir la nature et à l’aimer.
8. Coût global : 12.000 US$
  - Maçonnerie (ciment, sable, caillasse, moellon) : 6.000 US$
  - Charpente + toiture : 2.500 US$
  - Portes et fenêtres : 2.000 US$
  - Main d’œuvre : 1.000 US$
  - Transport et autres frais : 500 US$

Alphonse-Marie BITULU
Coordonnateur

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Tout refaire

Tout est à refaire. Tout est à recommencer. Non pas le vote et les jérémiades. Non pas les appels au boycott et autres manifestations qui, certes, ont porté des fruits sans vaincre totalement. Mais la vie. Car elle-même, n'est-elle pas un perpétuel recommencement ? Chaque jour, le même nouveau soleil se lève et avec lui, de nouveaux espoirs et une nouvelle bagarre pour la survie.
Qui s'est jamais fatigué de vivre ? Hormis les détraqués et autres pessimistes qui se suicident, tout le monde accepte bon an, mal an, de reprendre le baton de pélerin et repartir pour une nouvelle aventure au lever du soleil.
Notre seul choix pour l'instant est de réinventer la vie et reconsidérer les jeux sur terrain. Il ne s'agit pas d'une simple résignation. J'ai toujours opposé une forte résistance à cette attitude négative. La vie est plus belle que nous ne le pensons. Les échecs sont une occasion de repenser notre action pour mieux nous glorifier au prochain tournant. Les exemples sont légion de ceux qui se sont battus toute leur vie pour une cause. Certains sont même morts sans avoir jamais remporté la victoire. Mais la valeur de leur combat les a introduits dans la légende des grands. Et ils le sont réellement. Point n'est besoin de les énumérer. Chacun en connaît plus nombreux que je ne pourrai en citer.
Nous voulons ralier la multitude à cette conception positive de la vie et du combat afin de nous doter de la force morale nécessaire à l'amorce du nouveau round qui ne fait que commencer.
Tout est à repenser. Si l'imagination s'estompe, alors nous sommes bons pour les homes de vieillards. Mais cela n'est pas mon impression. Les Congolais que je côtoie ne me laissent pas un seul instant l'occasion de les dénigrer ainsi.
Tout le monde pense que le moment est venu de prouver une autre maturité que celle des vulgaires perdiémistes qui se compromettent pour arracher leur pittance. Nous avons tout à préserver qu'à entrer dans la logique des soit-disant vainqueurs d'aujourd'hui.
Ils devraient se gêner d'afficher une quelconque satisfaction devant le silence de la rue. Les Kinois, les Congolais, habitués à exprimer leur joie par des coups de klaxons et autres marches pacifiques, ont plutôt gardé un silence de cimetière. Le jour de la proclamation des résultats, la nuit est tombée plus tôt que d'habitude sur le Congo. Aussitôt après l'audition du message, les gens ont préféré regagner leur lit et continuer la méditation. Alors qu'on craignait le pire, le lendemain, les parents ont gardé les enfants à la maison dans plusieurs quartiers de la ville; mais d'autres estimaient que rien de bien grave ne s'était passé. Tout était prévisible avec les alliances factices du trio "JOKA-azanga-Gizengi" - sic - après le premier tour et son dépouillement fantaisiste. A eux trois, ils totalisaient les 58 % de voix obtenues au second tour par le camp de la honte. On laissait à JPB le loisir de regrouper tout le reste, pour aboutir à ses 42 %. Pourquoi le calotin - honorable, paraît-il - s'est-il donné la peine d'organiser un second tour alors que les résultats étaient déjà façonnés et connus avec ce calcul de chambre ?
Il faut féliciter les théoriciens de cette école pour leur courage. Ils ont tenu promesse, contre vents et marrées. Ils nous ont prouvé qu'un ordinateur ne se trompe que lorsque le technicien appuie sur la mauvaise touche ou qu'un virus l'a attaqué. Autrement, tout marche comme sur les roulettes.
Le match n'a même pas encore commencé, à mon sens. Les joueurs viennent à peine d'endosser leur maillot et l'arbitre n'a pas encore donné le coup d'envoi. On a planté le décor et l'on attend la réaction des acteurs. Pas de précipitation ni de distraction. Rien qu'une vive attention pour déceler le moindre faux pas du camp adverse afin de le frapper de manière décisive à l'instar des "Ninja" qui ne ratent jamais leur cible après l'avoir bien visé durant des heures.
Cela ressemble fort bien à une simple réaction. Que non. Encore une fois, c'est dans la rue que se trouvent les données réelles. Une fois collectées, elles peuvent être traitées - interprétées - manipulées dans un bureau climatisé, à l'aide d'un ordinateur - mondialité oblige ! Inverser la démarche tue. Il ne s'agit pas de réagir mais d'agir en connaissance de cause. En prenant la mesure de nos possibilités et de la résistance éventuelle que pourrait développer l'adversaire.
Il est vrai que l'économie de notre pays ne se construit pas en considérant ses habitants, nos congénères, comme des adversaires. Mais si l'on se trouve en face d'un camp de prédateurs du genre de ceux que nous avons, composer reviendrait à spolier nos propres enfants de tout héritage. Il faut bien s'y opposer pour autant que l'on pense laisser derrière soi non pas une terre brûlée mais un pays plus beau qu'avant.
Bon courage !
Alphonse-Marie


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16 novembre 2006

Les dés sont tombés

"Tout est accompli !"
Que Louis Michel, Swing et consorts replient bagages.
Nous avons du pain sur la planche avec notre capitaine taciturne. Les interprêtes nous prennent pour des incultes et nous traduisent de travers sa pensée. Nous aimerions entamer l'étude systématique des faits et gestes du nouvel ancien guide pour reconstruire. L'Avenue de l'Université est devenue impraticable. Celle de Selembao, également. Je risque de n'en pas finir avec l'énumération. Toutes les routes sont foutues puisqu'elles ont été réparées par les techniciens financés par la Coopération Technique du BCCO.
Une bien bonne façon de nous enclaver.
Alors, l'heure est à la reconstruction et au développement. Un parti politique s'y est bien identifié pour bien nous rouler. Nous aimerions qu'il passe à l'action pour nous délivrer.
Plus d'encombrement. Plus de vieil opposant. La classe politique est rénovée avec les fumeurs de chanvre et les danseurs. L'heure est à la débrouillardise. Allons-y, tous ensemble pour la descente en enfer pour retirer le coltan du ventre de la terre et exporter l'uranium à tout l'univers.
Pourquoi dors-tu, Prince du fleuve ? Pourquoi crois-tu qu'il te faille user tes culottes sur le banc de l'école pour mémoriser des formules ridicules qui ne te permettent même pas de fabriquer une graine de sel de cuisine ? Sauras-tu jamais additionner deux molécules d'hydrogènes à quatre d'oxygène pour fabriquer une goutte d'eau ? "chance eloko pamba" a chancé ce griot favori des Kinois. On devient n'importe quoi de n'importe quoi, de n'importe où ! Il suffit que les ingrédients soient bien mélangés et mijotés pour qu'on obtienne une bonne sauce qui apaise la faim des hôtes. Si après, ils découvrent qu'ils ont transgressé leurs tabous traditionnels, ils auraient l'ignorance pour cuirasse et bouclier. Et la colère des ancêtres ne les consumera point ! Parole d'homme.
Réveille-toi, ô toi qui dors !
Prends ton couteau et descends plutôt à la rivière. Faute de léopard, tu pourrais tuer un boa. En l'éventrant, tu pourrais gagner ta vie et gouverner sur ses vertèbres dénudés. Le poisson glissant trop entre tes mains, tu pourrais réserver la pêche aux plus faibles de tes compatriotes : les dames et les enfants, si tu n'as pas fini de les violer et les exterminer en les enrolant dans ton service de la mort.
Tu es un vaillant combattant dont l'arme atteint le terrible Goliath en plein visage et l'effondre à tout jamais. Le gros rond a perdu la face devant le chétif David qui n'avait que sa fronde en main. Cette fronde renforcée qui tire des obus à la place de cailloux, pilotée par des revenants que l'Afrique a toujours craint avec la dernière énergie.
Achille en avait eu pour son compte avec son talon non imbibé. Quel est ton point vulnérable par où je peux enfoncer mon poignard empoisonné ?
On ne demande pas à son ennemi son point faible pour l'achever, il faut le découvrir.
Pour en faire quoi ?
Voilà la question fondamentale !
La réponse viendra du fin fond de chacun.
Les parents de l'aveugle-né n'avaient-ils pas renvoyé la question des pharisiens à leur propre fils : il a de l'âge, qu'il réponde lui-même ?"
Alphonse-Marie

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09 novembre 2006

Elles ont quand même eu lieu

Bien chers internautes,
Bon nombre d'entre vous m'ont exprimé leurs inquiétudes à propos de mon silence, certains craignant pour ma sécurité personnelle et d'autres voulant s'enquérir sur l'une ou l'autre suite que j'ai réservée à mes réflexions. Je dois vous remercier sincèrement pour cette marque d'amitié. J'ai eu, une fois de plus, la preuve que le combat que nous menons ensemble, vous et nous, n'est pas perdu. En dépit de cette absence sur le Net, j'ai continué à prendre une part active à la vie sociale et politique de mon pays d'autant que je vis sur place. Merci à tous ceux qui m'ont joint au téléphone ou par mail.
Cette parenthèse fermée, l'actualité au pays demeure la publication des résultats des présidentielles. Quelle qu'en soit la tendance, une chose est vraie : les élections présidentielles du second tour ont bel et bien eu lieu en République Démocratique du Congo. Habitués à tous les coups bas et ratés de la Communauté Internationale, les Congolais ont bravé la pluie à Kinshasa pour se rendre aux urnes. Mon épouse était parmi les premiers à voter dans notre quartier avant de se rendre à la messe matinale en ce dimanche des missions.
Arrivé à Yolo - Nord où je devais travailler dans un bureau de vote comme assesseur 1, j'ai trouvé l'école prise d'assaut par des votants, abrités sous les parasols ou sous la véranda devant les bureaux de vote. Une seule détermination : donner la chance à leur candidat de l'emporter. Car tout le monde avait fini par comprendre que même une seule voix permettrait à l'un des deux challengers de l'emporter sur son rival. Rappelez-vous la blague de ce candidat député qui s'en est pris à son épouse, présidente d'un bureau de vote d'où il est sorti sans une seule voix. Il en est de même des employeurs qui ont cherché à savoir si dans les bureaux de vote de leurs employés ils ont récolté quelque voix. Le Congolais à l'âge de voter et qui était en règle avait réalisé combien une voix était importante. Eh oui ! Tout compte !
Les opérations se sont déroulées normalement, comme l'ont relevé plusieurs observateurs, mais dans une morosité sans pareil. Malgré que le scrutin était couplé : présidentiel et provincial, les électeurs venaient d'abord, si pas essentiellement, pour les présidentielles. Plusieurs bulletins blancs des provinciales dans notre bureau pourraient illustrer cette assertion. Les candidats députés, instruits par l'expérience du scrutin de juillet 2006, avaient compris qu'il fallait jouer de proximité pour arracher une voix à quelqu'un. Ils ont imprimé des badges sous forme de macarons qu'ils distribuaient aux électeurs pour leur permettre de ne pas se tromper sur le choix. Mais cela n'a pas dissipé le doute et la crainte de voir ces élus tourner casaque une fois en poste. Et les électeurs ont préféré ne rien cocher sur les trois pages de bulletins provinciaux.
Par contre, les présidentiels ont connu très peu de bulletins blancs. Certains électeurs mal informés ont poussé l'audace jusqu'à inscrire des éloges de leur candidat sur la feuille, le privant ainsi d'une voix précieuse : excès de zèle. D'autres, ont annulé eux-mêmes leur choix en crevant les yeux du candidat refusé ou en recourant à des manèges pareils.
Je n'ose pas me lancer dans la publication des résultats de peur de violer la loi électorale de la HAM - sic - mais, j'ai remarqué qu'un des candidats a récolté exactement le même nombre de voix qu'au premier tour, et ce en dépit du nombre inférieur des électeurs qui se sont présentés. Il ne pouvait s'agir que des fanatiques qui, conscients de la faiblesse de leur candidat, se sont mobilisés, comme au premier tour, de venir le soutenir de leurs voix. Car autrement, les proportions auraient varié. Aucune alliance n'a joué en faveur de ce candidat dans notre bureau de vote. Le fait était très marquant et je l'évoque pour corroborer la thèse de ceux qui ont fustigé les intérêts égoïstes des contractants.
Des blagues ont été lancées plusieurs fois par les passants, au regard des banderoles : "X + Y = Non au chômage" et les gens d'enchaîner : il fallait bien qu'il se trouve de l'emploi à son âge ! Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Combien de temps travaillera-t-il avant la retraite ? Pourquoi avoir joué au malin jusqu'à la dernière minute ? La banderole était lisible sur l'avenue de l'Université, peu avant l'Hôtel Lafayette.
Au rond point Ezo, une grande effigie indiquait que le candidat était un grand rassembleur, et pour preuve : une foule nombreuse en filigrane derrière son poster. Et la foule de rétorquer : a-t-il jamais réussi à rassembler sa propre famille biologique pour la présenter au peuple ? Ce serait un bel exemple de son charisme de rassembleur.
Ce genre de commentaire finissait par une conclusion très évidente : les gens se sont ralliés à la cause de l'un ou de l'autre candidat en tant qu'individus et non comme représentants des regroupements. Par conséquent, le vote dépendra - se disait chaque électeur - de chacun, en âme et conscience, et non des tralalas de troubadours qui se déroulent à la télévision. Ils ont perçu leur argent pour cela. Notre compte à nous est vide ! Comme cela, nous n'aurons aucun compte à rendre à qui que ce soit !
Nous en sommes donc à nous demander ce que représente le parti politique ou l'association à vocation politique dans notre pays. Aucun leader n'est parvenu à façonner la conscience des membres au point de les traîner avec lui où il se dirige. Est-ce là la preuve d'une maturité ou d'une ignorance de la part du peuple ? Quand on sait que plusieurs se proclament leaders charismatiques, on ne peut s'expliquer le divorce brusque qui surgit lorsqu'il s'agit d'opérer des choix d'envergure.
Les jours qui viennent nous en diront davantage.

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27 juin 2006

Le Comité des parents en RDC

Ce texte est une réponse à Mlle X, une étudiante de Belgique et jeune chercheuse en sociologie. Elle s'intéresse à l'éducation en RDC et plus particulièrement à l'organisation des comités de parents. Je serai plus complet si j'ajoutais le mode de constitution des comités des parents et leur mode de fonctionnement. C'est une lacune que je comblerai dans un proche avenir.

Bonjour Mlle,
Merci pour l'intérêt attaché à mes écrits dans vos recherches. Je me dispose à vous répondre de manière aussi complète que possible à toutes vos préoccupations. Je tâcherai d'être moins énigmatique et de m'accrocher à l'objectivité pour vous permettre d'exploiter les faits de manière scientifique.

Je voudrais d'abord souligner que toute école sérieuse organise un comité de parents, une sorte de conseil consultatif composé des parents dont les enfants étudient dans ladite école. Cette structure est officiellement reconnue par l'Etat. Les frais scolaires à payer sont fixés de commun accord entre parents et direction de l'école. Un procès-verbal faisant foi. Une fois ce document établi, tous les parents doivent s'y plier et l'Etat ne peut infliger des sanctions à l'école du fait d'avoir trangresser les dispositions qu'il édicte.

C'est un pouvoir réel qui discute le règlement de l'école et veille à la bonne marche de l'école. S'il arrive qu'un comité de parents n'est pas content de la manière dont l'école est dirigée, il peut s'en remettre à la hiérarchie et la direction peut être changée ou sanctionnée par l'Etat.
Il s'agit là d'une marge de manoeuvre qui conduit l'Etat à considérer le CP comme un partenaire de taille dans la bonne marche des affaires de l'Etat en matière de l'éducation.

L'article auquel vous faites allusion remonte à la rentrée de l'année scolaire 2005 - 2006 lors du mouvement de grève déclenchée par les enseignants du secteur public. L'opération de charme dont question n'était autre que le fait d'inviter les parents à ne pas soutenir la suspension des cours car l'Etat acceptait de payer à l'enseignant les salaires décents, de manière que les parents n'aient plus à suppléer avec leur contribution.

En plus, le gouvernement se disait surpris de constater que les enseignants menaçaient de continuer la grève en dépit de ces promesses d'augmentation de leurs salaires. Aussi avait-il jugé utile d'enjoindre les parents à laisser aller les enfants à l'école sans crainte car les instructions avaient été données aux agents de l'ordre de protéger les écoles qui accepteraient de fonctionner normalement.

Ces propos, issus d'un compte-rendu du gouvernement visaient à calmer la tension qui commençait à monter auprès des parents même des écoles privées car les enseignants du secteur public n'acceptaient plus que ces écoles continuent à fonctionner pendant que la majorité des écoles avaient tout stopé. Ils seraient prêts à s'attaquer à leurs collègues et leurs poulains. C'est cette mesure de l'Etat que j'appelle sécurisation.

Le silence des parents

Le silence des parents durant cette gué-guerre nous a tous inquiétés.
En effet, connaissant le pouvoir dévolu aux parents, nous ne comprenions pas que le comité de l'association nationale des parents d'élèves du Congo (ANAPECO)n'ait pris aucune position. Ils se seraient prononcés pour départager les deux autres partenaires de l'éducation. Les parents catholiques avaient tenté de prendre position en demandant à l'Etat de retirer ses restrictions concernant les frais de motivation pourvu que les cours reprennent.

Ce n'était, en fait, qu'une autorisation de façade car sur terrain, les écoles catholiques de Kinshasa avaient déjà fait circuler des billets de paiement de frais en vue de la reprise. Ils avaient simplement supprimé le mot motivation pour le remplacer par un terme plus général : frais scolaires !!!

Cette dislocation des parents constituait une fissure car l'Eglise catholique organise une portion importante d'écoles dans le pays. Avec la prise de position de leur comité, tous les autres parents ont compris qu'ils auraient pu se solidariser bien plutôt et contraindre l'Etat à faire quelque chose dans le sens du bien-être des enseignants. Cela n'ayant pas été fait, mieux valait se rallier aux catholiques et permettre l'ouverture de l'année scolaire. Ainsi dit, ainsi fait. Nous revoici à la case de départ.

Même si l'Etat n'avoue pas avoir bénéficié de l'appui des parents, il serait plus juste de sa part de constater qu'à la date d'aujourd'hui, les écoles sont plus dépendantes des parents et de la direction que des injonctions officielles. Ne dit-on pas que qui l'argent a, pouvoir a ? L'Etat était impuissant de convaincre les enseignants, les parents l'ont fait à sa place en acceptant de reprendre leurs vieilles habitudes. C'est ce qui a permis l'ouverture et le déroulement de l'année scolaire jusqu'au bout.

La situation n'est pas du tout favorable à l'Etat. En effet, un calendrier scolaire a été élaboré fixant la clôture de l'année scolaire au 20 juillet 2006. C'était pour récupérer le temps de grève. Sur terrain, chaque école s'est organisée pour dispenser les cours et terminer le programme avant la fin du mois de juin. Parents et enseignants étant conscients des dangers d'une fin brusque après le 30 juin, ont préféré autoriser les écoles à tout mettre en marche pour que les sessions d'examen se déroulent avant cette date.

Si la cérémonie de clôture de l'année scolaire est maintenue au 20 juillet dans la plupart des écoles, c'est par crainte de représailles. A Kinshasa, biens Des écoles ont déjà terminé les examens de fin d'année et ne lésinent que sur les repêchages. Hormis cela, tous les parents ont payé les frais convenus avec les écoles sans tenir aucun compte des gesticulations du gouvernement.

Le prétexte évoqué, qui n'est autre qu'un constat est le suivant : le cahier des charges des enseignants grévistes n'avait jamais été respecté. Les syndicats nationaux avaient envisagé une grève de deux jours (les 21 et 22 juin) pour rappeler à l'Etat ses promesses non tenues. Du coup le salaire du mois de mai qui tardait à venir a été payé avant l'échéance du 20 juin puis une annonce de mécanisation de nouvelles unités (suspendue depuis le mois de novembre pour raison de budget). Aussitôt ces dates passées, rien n'a été respecté. Les choses ont repris leur cours normal.

Je pense élaborer un texte plus complet dans ce sens pour conclure ce chapitre de l'attitude irresponsable de nos autorités. Elles trouvent de l'argent pour soudoyer les "marcheurs" qui manifestent en leur faveur, sur leur incitation, mais refusent de respecter leur parole vis-à-vis de la population qu'elles gouvernent.
Encore une fois, merci pour la confiance et franc succès.

Alphonse-Marie B.
+243 81 810 95 44
www.beita.populus.ch

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10 mai 2006

Les épreuves de la honte

Fête nationale de l’enseignement

La journée nationale de l’enseignement a vécu. A la différence des autres années, le 30 avril 2006 a vu le personnel de ce secteur arborer une tenue spéciale avec des écrits évocateurs du pouvoir organisateur, le Ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel. C’est la mode actuelle en R.D. Congo : le port d’un pagne uniforme à n’importe quelle occasion s’impose tout doucement. Le deuil, la collation des grades académiques, les anniversaires, le mariage, le retour au pays d’un leader charismatique (religieux ou politique). Pourquoi n’en serait-il pas le cas pour l’enseignement ? Les écoles catholiques de Kinshasa ont ouvert la voie voici déjà quelque temps.

Par delà cette imposition d’uniforme, l’enseignant s’est-il senti quelque part honoré dans son métier ? Le pouvoir organisateur existe-t-il réellement ? Ne joue-t-on pas là au comédien tout simplement pour flouer les curieux et se maintenir en poste ? De qui se moque-t-on avec toutes ces mascarades ? Ce questionnement ne constitue pas une esquisse d’un plan de dissertation. Inutile d’attendre de nous une réponse. Chacun pourrait s’en servir et l’enrichir à loisir pour autant qu’il est éducateur ou parent, ou tout simplement pour autant qu’il se préoccupe de l’avenir de notre société. Etranger, compatriote de la diaspora ou de l’intérieur. Les réponses dépendront des intérêts du moment de tout un chacun.

Pour notre part, hormis le souci permanent pour l’éducation de la jeunesse qui nous habite, le rôle d’éducateur nous est dévolu aussi bien par notre profession que par notre rang social en tant que parent. Les événements de ces derniers jours dans le secteur de l’éducation ont remué les eaux, tout est remonté à la surface, provoquant une sorte de nausée devant la putréfaction généralisée du secteur éducatif. Du coup, les scènes vécues lors du jury oral de français nous sont revenues à la mémoire. Ces faits que nous aurions voulu oublier refont surface avec une ampleur telle qu’il nous faille les partager avec quiconque réfléchit sur l’avenir de la jeunesse en RD Congo. Tenez ces faits relatés pour vrais car ils le sont.

Une école privée présente, pour deux sections d’études (commerciale et chimie-biologie) environ 400 élèves. Certains viennent sans macarons (considérée pourtant comme seule preuve qu’ils sont en règle avec l’inspection et donc peuvent être interrogés). Le promoteur et l’inspecteur s’arrangent pour les faire examiner quitte à régulariser la situation après. Quelle est la dimension des salles de classe de ladite école pour contenir pareil effectif ? Combien de classes montantes organise-t-on dans cette école pour aboutir à des classes parallèles de cette taille ? Ces questions n’ont trouvé aucune réponse valable. Lors de l’appel nominal, les candidats ne se connaissent pas.

Un élève examiné ne sait pas qui le suit, dans l’ordre alphabétique de sa classe, ni de quel sexe il est. Plusieurs ignorent même le présumé professeur de français de leur école qui figure parmi les examinateurs. Celui-ci n’est pas mieux renseigné sur l’identité de ses « élèves » dont il découvre un bon nombre séance tenante. Et comble de ridicule, certains élèves ne peuvent même pas situer géographiquement leur école (rue et quartier). Qu’il s’agisse de l’épreuve orale de français ou de la pratique professionnelle, l’épreuve met face à face chaque candidat avec les examinateurs (au nombre de trois).

Aucune tricherie n’est possible. C’est l’heure de vérité. Est-on capable ou pas, en cette fin de cycle, de s’exprimer en français, lire un extrait d’un texte, l’expliquer en répondant à quelques questions de fond et de forme (grammaire, style, vocabulaire) ; faire preuve de culture générale et de la connaissance pratique de sa spécialité (enseignement, latin, dactylographie, coupe et couture, etc.). Qui a dit qu’on ne triche pas à ces jurys ? On contourne la question en plaçant les correcteurs dans une position délicate. Les présidents de jury vous enjoignent de bien vous garder de troubler la paix sociale avec un excès de sévérité : « ne faites pas échouer ces enfants. Ce n’est pas leur faute s’ils n’ont pas le bon niveau. Ils n’ont jamais eu l’occasion d’être bien formés… Ce sont vos jeunes frères, veuillez les comprendre… Ne donnez pas de côte d’exclusion, autrement, nous aurons des problèmes avec nos chefs. Pas de zéros dans les rubriques… ».

Et effectivement la fiche porte tellement de rubriques qu’à force d’éviter des zéros, des candidats, pour s’être présentés devant le jury, récoltent déjà près de 35 % de bonnes notes. Il leur reste d’être bien vêtus et de balbutier quelques éléments de réponse, fût-ce dans un parler approximatif pour arracher la victoire : 50 %. Et ouf, le tour est joué… il ira s’écrouler ailleurs ! Plusieurs candidats se révèlent tellement nuls que les 35 % gratuits pèsent sur la conscience.

Prenons le cas du français oral. Après une préparation silencieuse de près d’un quart d’heure, le candidat revient avec son bout de texte en mains. Il gagne deux points pour avoir vêtu son uniforme. Il doit passer à la lecture expressive avant de répondre aux questions de compréhension, de forme et de culture. Plus aucun son ne sort de son gosier qui tenait en haleine toute la foule en attente avec les blagues du dernier épisode de « théâtre de chez nous ».

Il n’est pas frappé de mutisme comme Zacharie à l’annonce de l’Ange, il n’a pas perdu la voix, il n’est pas pris de panique. Non : il ne sait pas lire, susure-t-il ! Il s’arrête net devant le premier mot qu’il répète des dizaines de fois avant de secouer la tête en signe d’épuisement. « Je ne peux pas lire, je ne sais pas lire ! », c’est la seule phrase qu’il prononcera devant le jury. Affreuse révélation ! Au terme de douze ou treize ans de scolarité, parsemés de dédoublement et de vagabondage à travers diverses institutions, le récipiendaire accoste en sixième année des humanités, ce triste port, criblé de tares et trop âgé pour cette classe. Il lutte pour un titre scolaire, une formalité obligatoire qui lui ouvre les portes des études supérieures pour une qualification sans base ! Il lui faut ce timbre, sans plus ! L’université où il pourra enfin arracher les camions pour gagner son campus sans payer, et se livrer à des actes de barbarie qui n’ont d’égal que son manque de souci pour l’excellence.

Rien d’étonnant que d’entendre alors des réponses aussi inattendues que celles-ci : le mot « le » n’a qu’une seule nature : article défini. Que savez-vous de Senghor ? C’est un président français. Citez un écrivain congolais que vous connaissez et son oeuvre ? Il n’existe pas d’écrivain au Congo… Le répertoire est long. En coupe et couture, que des maîtresses n’ont eu à couper pour leurs élèves les travaux que ces derniers n’étaient même pas capables de rassembler pour la confection ! Impossible d’avoir deux culottes semblables avec un même patron. N’ayant jamais cousu, certaines finalistes se sont comportées comme des néophytes devant leurs machines. A elles également, seul le diplôme importe.

C’est ainsi que certains travaux pratiques ont été réalisés dans des ateliers que le chef du centre n’a ni visités ni contrôlés. On ne sait donc pas qui a réalisé telle ou telle œuvre présentée par certains finalistes. Quel est le degré de connaissances d’une finaliste qui, patron en main, n’arrive pas à reproduire une culotte correcte ? A qui incombe la faute de cette piteuse situation ? Combien faudrait-il payer pour acquérir son diplôme ? On a déjà eu la réponse auprès du recruteur de promoteur ou chef d’établissement. On a préparé sa poche en conséquence, et pas suffisamment sa tête. Certains préfèrent ne même pas se présenter devant le jury : les dés sont jetés, l’argent et le trafic d’influence parleront à leur lieu et place.

Pour apaiser nos inquiétudes, on nous avouera que bon nombre d’écoles organisent une triple vacation. Les élèves réguliers viennent le matin et l’après-midi. Les autres sont des fonctionnaires qui ont pris l’inscription au cours du soir, juste pour obtenir leur titre scolaire. Rien d’étonnant que l’âge moyen de ces finalistes frise les vingt-trois ans car l’école ramasse les doubleurs et autres chasseurs de diplômes qui payent bien et disparaissent dans la nature attendant le miracle à la proclamation.

S’il nous était possible de proposer une petite solution à cette situation, nous commencerions bien loin en amont. Les études au primaire étant négligées par les pouvoirs publics, les résultats récoltés au secondaire n’en sont qu’une conséquence logique. La considération générale de l’enseignant apporte le goût ou le dégoût pour sa profession auprès des enfants qu’il encadre. Le contrôle des présences devrait également déterminer le passage de classes ; car un enfant qui rate des leçons d’écriture de chiffres et de lettres risque de terminer ses études sans une belle calligraphie. Le lieu est mal indiqué pour entamer la chasse aux sorcières : la reprise doit partir de quelque part.

Les implications d’un tel désarroi remettent en cause toute la problématique des frais de motivation et le rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants, des objectifs de l’inspection à l’école, des réformes scolaires et autres remaniements dans les institutions à tous les niveaux. Le monstre à multiples têtes ne livre pas facilement ses secrets au premier venu. Il faut savoir choisir la bonne tête à couper. Et pourquoi pas supprimer ces examens qui ne servent à rien au profit d’une homologation ?

Alphonse-Marie Bitulu

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09 mai 2006

Honte au Nègre

La honte qui devrait nous couvrir à la veille de ces élections semble un sentiment inconnu des politiciens congolais. J'entends par politiciens tous ces misérables qui vendent leur âme pour une mie de pain et un logis dans un quartier envié. Ils feraient mieux de chercher de l'emploi ailleurs.

Les journalistes occidentaux qui font l'éloge de la soit-disant nouvelle classe politique n'arrêtent d'ériger un château qu'ils essaient de soutenir avec des supports très puissants : l'argent pour leurs éditions. Que n'a-t-on pas entendu de ces journalistes occidentaux en matière de fabulation ? Ils ont écrit n'importe quoi sur n'importe quel dictateur africain, pourvu que cela leur permette de vendre leur canard à un fort tirage consommé ou brûlé par le destinataire qui rachète toute la livraison.

Je vois encore entre les mains un magnifique bouquin (du point de vue de la forme et de la présentation), le fameux livre sous-titré "dignité pour l'Afrique". Quel en était le tirage ? Et pour quelle fin ? Son prix vaut-il le coût de la réalisation d'un tel ouvrage ? Aucun imprimeur ne saurait tolérer pareil bradage !

L'Occident s'efforce de forger une image d'un Congo à son goût. Il oublie que les réalités du terrain ne riment qu'avec le vécu quotidien des masses laborieuses qui luttent pour une société plus juste. Pour bon nombre de nos "noko", les élections au Congo sont une très bonne chose à encourager. Ils vivent cela à la manière de leurs propres suffrages qui se déroulent dans un contexte de pleine liberté et transparence, quitte aux gens de s'abstenir pour ne pas favoriser le mal.

Au Congo, le scrutin apparaît aujourd'hui comme une fin en soi afin de continuer à jouir de l'impunité et acquérir une légitimité. De la sorte, la communauté occidentale pourrait continuer tranquillement à exploiter le pays, en brandissant le résultat des urnes. Le surarment du pays annonce les couleurs : on s'attend au pire et l'on se prépare en conséquence. Les Latins ne disaient-ils pas "si vis pacem, para bellum" ? Notre paix à nous passe par les armes occidentales.

Ils n'ont pas honte ceux qui clament qu'il faut cette présence militaire pour garantir la paix durant et après les élections. En se rangeant derrière ceux qui peuvent se servir des armes au Congo, ils ne nous évitent pas la guerre mais contribuent plus sûrement à nous intimider et nous dompter pour étouffer dans l'oeuf nos réactions pacifiques et les dénonciations de leurs magouilles. J'en veux pour preuve leur soutien aux résultats tronqués du référendum. Nul ne sait d'où sont sortis les chiffres présentés par la CEI. Les analyses indépendantes ont retenu onze pourcents de taux de participation. Ce qui ne représente presque rien !

Quant aux tricheries relevées pendant les opérations d'enrôlement, elles ont été rejetées en bloc et ignorées lors du dépouillement. Que s'est-il passé pour que plusieurs mois après le référendum, la CEI estime utile de porter plainte contre ces inciviques ? Que dit-on de cette accusation formelle de l'autorité angolaise concernant ses sujets qui ont été obligés de se faire enrôler ?

Les questions soulevées par Ferrela, dans une interview sur les élections en RDC avec la participation du président de la CEI et rapportée à  http://www.voanews.com/wm/voa/africa/fren/fren1900vb.asx sont importantes et ne sont pas les seules. Ses observations rejoignent la motivation première de l'Eglise catholique qui côtoie le peuple et sait ce que celui-ci endure. Un prêtre revenant de l'archidiocèse de Mgr Monsengwo a passé trois nuits dans la forêt et vécu les affres des femmes et jeunes filles violées par des dizaines de soldats, des jeunes gens poignardés sans pitié pour avoir refusé de porter les armes et que sais-je. Il n'est pas facile de se taire après un tel spectacle. Il n'est pas possible d'imaginer que ceux qui entretiennent ces tueries se présentent aux postes pour être élus.

Quelle audace, un individu aux mains maculées, a-t-il de se présenter en pacificateur ? Quel modèle d'homme apportons-nous dans l'histoire de l'humanité ? Que voulons-nous laisser comme image de marque aux générations futures sinon la tradition sanguinaire de tueries pour accéder aux délices de la magistrature suprême.

Félicitation à Ferrela qui a gardé le flair d'un bon journaliste. Les Congolais se souviendront de son bon combat contre toute la clique des journalistes corrompus qui continuent à se moquer de nous, oubliant les revirements que Mobutu et sa caste ont essuyé à la Conférence Nationale Souveraine en dépit de leur argent.

Félicitation à notre ami Tony (www.afrikablog.canalblog.com) pour ses réflexions qui nous rappellent que chaque peuple a ses héros dans le combat pour sa souveraineté. On n'a pas le droit de marcher sur les nôtres en les faisant passer pour de petits leaders claniques. Il n'existe pas une seule province qui n'est pas représentée dans le staff dirigeant de l'UDPS tout comme il n'existe pas de contrée de ce pays où l'UDPS ne compte pas d'adeptes. Honte à ceux qui mènent ce combat d'arrière-garde pour le maintien des seigneurs de guerre à la tête du pays. Nous ne leur cèderons le chemin qu'à coup de crosse et jamais de gaiété de coeur. Et nous nous en irons dans l'au-delà rejoindre nos pères, après avoir mérité leur nom par une lutte sans merci pour la survie de notre nation.

Alphonse-Marie Bitulu www.bitulu.canalblog.com

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